Maison Royale de Saint Louis (Saint-Cyr)

Forum RPG au temps de Louis XVI, dans la Maison Royale de Saint Cyr à la veille de la Révolution Française.
 
AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion
Scrounch ! "Mangez des taupes !" Souvenirs... <3 (by Hed)

Partagez | 
 

 Nous sommes libres de notre liberté. [PV. Eli]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar

Éva-Belle de Verchères
« On est presque arrivé à St-Cyr ? »

Féminin Nombre de messages : 28
Date d'inscription : 11/04/2012

Feuille de personnage
Nom de famille: Jarret de Verchères
Date de naissance && Âge: 24 juin 1769
MessageSujet: Nous sommes libres de notre liberté. [PV. Eli]   Ven 4 Mai 2012 - 21:41


Nous sommes libres de notre liberté.
Pv. Eli.
Partie 1.




    Dans la noirceur de la nuit, une grande silhouette, que l'on aurait pu prendre pour celle d'un homme tant elle était haute, mais trahie par la finesse de la silhouette et la démarche, avançait lentement. Une jeune femme, en chemise de nuit, pieds nus, ses cheveux noirs pendant dans son dos, un ruban accroché à une mèche, témoin d'une tresse faite négligemment, s'avançait fièrement, malgré l'extrême obscurité qui aurait pu la faire tâtonner. Ellle serrait contre elle un petit livret, relié en cuir, qui sentait le vieux papier. En lettres dorées était inscrit [i[Horace[/i], de Corneille. Quelqu'un qui n'eût pas vu son visage aurait certainement pris la jeune femme pour une sorcière venue danser le shabat à la nouvelle lune. Mais il y avait un tel éclat dans ses yeux noisette, qu'on l'aurait plutôt prise pour Jeanne d'Arc, ou quelque fière guerrière de temps lointains.

    Éva-Belle Jarret de Verchères, de son surnom Éva, avait quitté l'étouffement qu'elle ressentait dans les dortoirs pour sortir clandestinement à l'extérieur. Cela faisait bientôt deux ans qu'elle était à Saint-Cyr, et les jeunes filles l'agaçaient comme au premier jour. Toujours là à vouloir être la meilleure. À jouer à la petite fifille sage. C'en devenait insupportable. Et Éva, au milieu de ces demoiselles, avait bien d'autres préoccupations en tête. Marie-Jeanne. Kateri, sa mère. Tyrannisées par l'horrible tante Cécile. Et, en parallèle, la Nouvelle-France, tyrannisée par les Anglais.

    Une autre raison pour laquelle Éva détestait la Maison, c'était qu'elle avait appris, en histoire, que Sa Majesté le feu roi Louis XV avait purement et simplement abandonné l'Amérique aux Anglais, par le Traité de Paris, en 1763. Cela, la Canadienne refusait de le croire. Une mère n'abandonne pas ainsi son enfant!

    Non?

    Pour rajouter à son "bonheur", sa maîtresse, Mlle de l'Aure, avait annoncé que la classe bleue allait étudier Horace, de Corneille. Elle avait aussi réparti les rôles selon les forces et les faiblesses des élèves.

    - Pour Verchères, ce sera le jeune Horace.

    Parfait. Elle se retrouvait avec le rôle principal. Elle qui détestait le théâtre. Mais, par fierté, elle n'osa protester.

    - Ce rôle vous ira à merveille. J'en suis sûre.

    Mais oui. Mais oui.

    Éva plissa légèrement les yeux et ôta une mèche de son front, pour la placer derrière son oreille. Elle aperçut enfin les écuries. Sa destination. L'endroit interdit aux demoiselles par excellence. Elle avait emmené le livret d'Horace avec elle, sans savoir pourquoi. Une impulsion naturelle, sans doute.

    Elle entra dans l'écurie et une forte odeur de crottin de cheval lui monta au nez, ce qui ne la dérangea pas le moins du monde. Cela lui rappelait son enfance, plutôt. Elle se hissa sur une montagne de foin, puis ouvrit le livret à une page, au hasard. Acte IV, scène VII.

    - Sèche tes pleurs, Sabine, ou les cache à ma vue.
    Rends-toi digne du nom de ma chaste moitié,
    Et ne m'accable point d'une indigne pitié.
    Si l'absolu pouvoir d'une pudique flamme
    Ne nous laisse à tous deux qu'un penser et qu'une âme,
    C'est à toi d'élever tes sentiments aux miens.
    Non à moi de descendre à la honte des tiens.


    Elle s'arrêta, à bout de souffle. Elle avait été surprise de sa propre performance. Rien que par cette tirade, elle découvrait à quel point Horace lui ressemblait. Et elle avait déclamé avec tant de flamme qu'elle en vint à se demander: "Mais qu'est-ce qui m'arrive?"

    Soudain, elle entendit du bruit derrière elle. Elle se retourna vivement. Elle aperçut alors deux yeux sombres qui l'observaient. Elle retint un cri de surprise. Crier, c'était comme pleurer. Pour les faibles.

    Dans le noir, sa voix qu'elle tenta de garder la plus ferme possible demanda:

    - Qui va là?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

Elisabeth du Bois Vermeil

♣ Admin Eli
Accro aux Fruits Rouges.

Féminin Nombre de messages : 1053
Age : 22
Localisation : Oo, mais où suis-je ?
Date d'inscription : 22/06/2009

Feuille de personnage
Nom de famille: du Bois Vermeil
Date de naissance && Âge: JJ.MM.1764 > 16 ans
MessageSujet: Re: Nous sommes libres de notre liberté. [PV. Eli]   Mar 8 Mai 2012 - 12:20

Encore une nuit sans qu'Eli n'ait réussi à s'endormir. Cela faisait plusieurs jours ou elle n'arrivait pas à fermer les yeux sans que ne commencent à la hanter les cauchemars qui faisaient partie de son quotidien depuis plusieurs années. Toujours les mêmes. Pourquoi ne s'y était-elle toujours pas habituée ? Elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait pas ce monde, ces gens qui l'entouraient. Aussi bien ceux de son passé que ceux de cette maison à l'heure qu'il était. Alors, elle s’évadait dans la nuit, la seule qu'elle comprenait et qui la comprenait. Le ciel noir plein d’étoiles et la lune savaient ce qu'elle ressentait. Elle le leur disait depuis tellement longtemps ! Elle sortait dans la nuit depuis qu'elle était toute jeune, cela la calmait. Elle ouvrait son cœur et son âme à ces entités célestes qu’étaient les étoiles et la lune, le vent emportait ses soucis et la faisait sourire, jouant avec ses cheveux et sa chemise. Elle ne se plaignait pas vraiment de ses insomnies. Finalement, les promenade nocturnes lui faisaient plus de bien que le sommeil. Elle ne pouvait nier avoir besoin de dormir, mais maintes fois s’était elle réveillée en sueurs, la respiration accélérée à l' extrême, et le jour d’après avait des cernes pires encore qu'avant. Elle ne cherchait plus. Cela lui suffisait, ses promenades la détendaient assez pour qu'elle continue à vivre assez normalement. Elle mangeait bien, après tout, ou du moins bien plus que pendant son enfance, et elle ne se plaignait pas.

Cette fois ci, ses pas la dirigèrent vers les écuries. A dix mètres, elle entendait deja les souffles des chevaux, juments et étalons, qui y dormaient. Elle les connaissait plutôt bien maintenant. Cela faisait bien un certain temps qu'elle était à Saint Cyr, et elle avait plusieurs fois deja visitée cet endroit, bien que strictement interdit aux Colombes pures qu'elles étaient. Elle entra dans le long bâtiment, marcha lentement dans le couloir entouré de boxes dans lesquels elle pouvait voir les grands animaux dormir debout. Cela ne cesserait jamais de l'intriguer. Comment faisaient-ils ? Elle se l'expliquait par le fait qu'ils avaient quatre pattes qui leur permettaient de ne pas perdre l’équilibre sans devoir se concentrer. Les humains, sur leurs deux jambes, ne tiendraient pas debout longtemps s'ils s'endormaient alors qu'ils n’étaient pas allongés. Les chevaux avaient de la chance, sur ce point. Ils étaient tellement beaux ! Eli avait toujours aimé ces animaux majestueux. Elle avait fait du cheval avec son frère, quelques fois. William. Que pouvait-il bien être devenu ? Était- il toujours aussi imbu de lui-même ? C’était la seule chose qui la dégoûtait chez son frère. Sinon, c'etait un homme beau et fort, qui l'aimait le plus dans la famille Du Bois Vermeil dans laquelle elle était, malheureusement pour elle, née. Elle chassa d'un coup de tête les images qui assaillaient son cerveau. Ce n’était pas parmi des êtres si beaux qu'elle allait penser à des choses aussi horribles que son passé. Mais alors qu'elle s’était arrêtée devant la porte du boxe d'un étalon noir, elle entendit quelqu'un rentrer a son tour dans l’écurie. Était-ce une maîtresse, qui, ne l'ayant pas vue dans son lit, était sortie dans la nuit pour la chercher ? Était-ce la directrice, dont Eli connaissait l'amour pour les chevaux, raison pour laquelle une écurie était tenue dans la Maison Royale ? Ou était-ce seulement une Colombe en proie à du somnambulisme ou à l'insomnie ?

- Sèche tes pleurs, Sabine, ou les cache à ma vue.
Rends-toi digne du nom de ma chaste moitié,
Et ne m'accable point d'une indigne pitié.
Si l'absolu pouvoir d'une pudique flamme
Ne nous laisse à tous deux qu'un penser et qu'une âme,
C'est à toi d'élever tes sentiments aux miens.
Non à moi de descendre à la honte des tiens.


Pendant la tirade, Eli s'approcha en silence de l'endroit d’où elle entendait la voix. C’était une voix de jeune fille. Elle révisait un texte de théâtre, sûrement dans le cadre d'un cours. Le genre de choses qu'Eli ne ferait jamais pendant la nuit. Quelle gâchis ! Elle la vit alors. C’était une grande jeune femme, aux cheveux fonces, assise sur une botte de foin. Physiquement, Eli ne s’étonnerait pas si elle lui ressemblait un peu. Elle était plongée dans un livre. Elle s’arrêta, a bout de souffle. Eli devait reconnaître que c'etait impressionnant, la manière de laquelle elle récitait ces vers. Elle ne connaissait pas la pièce, mais elle sentait que la Colombe jouait un rôle masculin, et qu'elle y mettait tellement de force et de ferveur qu'elle se surprit à y croire. Mais alors, un mouvement incontrôlé de sa robe balaya quelques brins de paille sur le sol, et la jeune fille se retourna. Eli sentit la bouffée de surprise et de peur qui la remplit alors. Mais, d'une voix ferme, ou du moins qu'elle voulait aussi ferme que celle de sa tirade, elle demanda :

- Qui va là ?

Eli s'approcha alors sans plus faire attention à rester silencieuse. Elle n'avait pas besoin de se cacher. Ce n’était qu'une colombe qu'elle avait devant elle, rien de menaçant.

- Pas besoin d'avoir peur. Qui êtes-vous ?

_________________



Spoiler:
 

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://gwendalavirrpg.forumactif.com
avatar

Éva-Belle de Verchères
« On est presque arrivé à St-Cyr ? »

Féminin Nombre de messages : 28
Date d'inscription : 11/04/2012

Feuille de personnage
Nom de famille: Jarret de Verchères
Date de naissance && Âge: 24 juin 1769
MessageSujet: Re: Nous sommes libres de notre liberté. [PV. Eli]   Dim 10 Juin 2012 - 3:30

Nous sommes libres de notre liberté.
PV. Eli.
Partie 3. 310 mots.


    - Pas besoin d'avoir peur. Qui êtes-vous?

    La respiration d’Éva-Belle ralentit. Elle plissa les yeux pour mieux voir dans la pénombre, et lissa ses cheveux. Elle ôta le ruban qui pendouillait de ses cheveux et les secoua, se sentant ainsi plus libre.

    La silhouette finit par s’approcher vers la lumière, laissant voir une jeune femme de 16 ou 17 ans peut-être. Presque aussi grande qu’Éva, et avec quelque chose dan son visage qui plut immédiatement à la jeune Canadienne-française. Dans ses yeux, elle lisait une sorte d’ardeur semblable à la sienne.

    Pour la première fois, elle avait trouvé une âme jumelle.

    Éva, sortant du fil de ses pensées, remarqua qu’elle tenait encore le livret d’Horace dans ses mains. Le posant rapidement sur la paille, elle sourit à sa compagne. Son sourire joyeux, qu’elle gardait uniquement pour les beaux jours… et les belles nuits.

    - Bonsoir! Vous n’arriviez pas à dormir, vous aussi?

    Puis, se rappelant qu’elle ne lui avait pas dit son nom, elle continua :

    - Éva-Belle Jarret de Verchères… mais tu… pardon, vous pouvez m’appeler Éva.

    La jeune femme se sentit rougir. Elle avait bien envie que quelqu’un lui donne une bonne gifle. Rougir, c’était bien la quatrième chose qu’elle détestait le plus au monde.

    En premier, c’était Tante Cécile.

    En deuxième, c’était l’injustice.

    En troisième, c’était pleurer.

    Rougir, c’était un signe de faiblesse, qu’il ne fallait surtout pas montrer, surtout devant un supérieur. Celui-ci n’hésiterait surtout pas à se jeter sur vous, tel un vautour s’acharnant sur un cadavre, et de profiter de votre débilité pour triompher.

    Et de plus, elle avait commis la « faute » (impardonnable, selon les maîtresses) de tutoyer. Se sentait-elle déjà si proche de cette jeune femme pour agir ainsi? Peut-être l’avait-elle froissée… Ah, et puis tant pis.

    Et on s’en moque! « Tu » et « Vous », c’est la même chose!
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

Elisabeth du Bois Vermeil

♣ Admin Eli
Accro aux Fruits Rouges.

Féminin Nombre de messages : 1053
Age : 22
Localisation : Oo, mais où suis-je ?
Date d'inscription : 22/06/2009

Feuille de personnage
Nom de famille: du Bois Vermeil
Date de naissance && Âge: JJ.MM.1764 > 16 ans
MessageSujet: Re: Nous sommes libres de notre liberté. [PV. Eli]   Jeu 5 Juil 2012 - 11:45

La jeune fille se retourna et scruta la pénombre. Machinalement, elle enleva le ruban qui retenait des longs cheveux noirs - ou bruns, difficile à déterminer - qui se répandirent sur ses épaules, aidés par des secousses de la part de leur maîtresse. Son souffle ralentit un peu, elle se concentrait, voulant voir qui était la jeune fille qui l'avait interpellée. Eli s'avança alors, assez lentement. L'autre la dévisageait toujours, son livre à la main. Elle devait avoir un ou deux ans de plus qu'elle et semblait heureuse de la voir, de ne pas être seule à faire des excursion la nuit. Elle lui offrit même un sourire, un sourire éblouissant. Eli en fut surprise, cela ne lui arrivait pas souvent que quelqu'un lui sourie. Elle la trouva très belle, ses dents bien blanches dévoilées par des lèvres couleur bordeaux, fines mais pulpeuses en même temps. Ses cheveux, s'ils étaient noirs, donnaient à son visage une certaine douceur sérieuse. Vraiment, la jeune fille était jolie. Elle s'exclama en chuchotant :

- Bonsoir ! Vous n’arriviez pas à dormir, vous aussi ? Éva-Belle Jarret de Verchères… mais tu… pardon, vous pouvez m’appeler Éva.

Eli perçut la gène de la jeune fille... mais ne la comprit pas. Elle avait voulu la tutoyer, certes. Était-ce une raison pour avoir honte ? Eli ne le voyait pas de la même manière. Élevée dans un milieu où personne ne lui apportait de l'importance, elle n'était pas habituée à être vouvoyée, et cela ne lui importait point. Elle savait bien sûr que cela faisait partie de l'étiquette que de vouvoyer même ses amies les plus proches, mais l'on ne l'avait jamais fait pour elle. Elle avait toujours été considérée comme une domestique, ou même encore moins. Et tout le monde tutoie les domestiques. Ce qu'Eli ne comprenait pas vraiment non plus, mais elle avait admis qu'elle ne pourrait rien y faire, donc elle se pliait aux coutumes. Elle n'aimait pas ce genre de comportement, de distinction. Elle avait toujours vouvoyé tout le monde, gamine, puis en grandissant avait appris à tutoyer même ceux qu'elle ne connaissait pas. En compagnie de personnes plus haut placées qu'elle, comme les maîtresses, elle ne tutoyait pas, mais lorsqu'il s'agissait de jeunes filles de son âge et de son rang, pourquoi se distancier ?

- Elisabeth, dit-elle machinalement, sans intérêt véritable.

L'intéressant suivrait.

- Non, je dors assez peu en réalité. Mais je ne regrette pas ; c'est tellement beau, et calme, la nuit. C'est même plus reposant que le sommeil, tu ne trouves pas ?

Elle la regardait de ses grands yeux verts. Elle sentait en Eva une sorte d'énergie, de ferveur, qui lui donnait de l'espoir. Peut-être n'était elle pas seule, après tout, à apprécier la nuit et à fuir le jour ? La nuit qu'on associe en général au diable, au Mal... Elle ne pouvait pas se résoudre à penser que des choses si belles que la lune, les étoiles, le ciel, le vent, étaient l’œuvre du mal. C'était juste la peur des hommes de l'inconnu, de l'inexploré, de l'inquiétant, qui leur faisait prétendre à un mal encore moins connu, mais du moins concret, ce qui était son seul avantage. Ils voulaient donner un nom, une forme, une consistance à chaque fait. Ils n'arrivaient pas à se contenter de la sérénité, de la paix que contenait la nuit. Ils ne les voyaient pas, trop occupés à se considérer eux-mêmes. Et la seule présence d'une Colombe sur une botte de foin lui faisait espérer qu'elle n'était peut-être pas la seule à avoir cette manière de penser. Mais, consciente que son regard pouvait paraître trop insistant et mettre mal à l'aise, Eli tourna lentement la tête vers la sortie, et commença à marcher. Avec un peu de chance, la jeune fille, Eva, la suivrait dehors...

_________________



Spoiler:
 

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://gwendalavirrpg.forumactif.com
avatar

Éva-Belle de Verchères
« On est presque arrivé à St-Cyr ? »

Féminin Nombre de messages : 28
Date d'inscription : 11/04/2012

Feuille de personnage
Nom de famille: Jarret de Verchères
Date de naissance && Âge: 24 juin 1769
MessageSujet: Re: Nous sommes libres de notre liberté. [PV. Eli]   Dim 15 Juil 2012 - 6:28

    - Elisabeth.

    Une réponse toute simple. Comme si cela n’avait pas d’importance. Un nom pourtant plein de dignité, mais qui semblait ne rien valoir. Un nom qui allait parfaitement avec l’énergie qui émanait d’Élisabeth… mais celle-ci ne semblait pas en tenir compte.

    - Non, je dors assez peu en réalité. Mais je ne regrette pas ; c'est tellement beau, et calme, la nuit. C'est même plus reposant que le sommeil, tu ne trouves pas?

    Éva lui sourit. Elle comprenait parfaitement. Bien que pour elle, ce n’était pas tout à fait pour les mêmes raisons, elle avait l’impression de lire en sa compagne comme dans un livre ouvert, ce qui ne lui était jamais arrivé avec d’autres personnes. Éva n’aimait pas la noirceur de la nuit. Elle aimait bien la lune et les étoiles qui éclairaient le monde comme une lueur d’espoir, mais pas les ténèbres qui l’environnaient de toutes parts. Elle préférait de loin le jour… pour elle, c’était comme la victoire constante du bien sur le mal, dans la gloire d’un lever de soleil, faisant apparaître mille et une couleurs dans le ciel. Par contre, le jour ne possédait pas une chose qu’Éva, en ces temps-ci, appréciait par-dessus tout : le silence. La paix. C’était le seul moment où tout ce qui la tourmentait constamment n’était plus chuchoté par ses pensées.

    La jeune femme s’était peu à peu dirigée vers l’extérieur des écuries, sans rien dire d’autre. Éva la suivit des yeux, pour ensuite comprendre le message et la suivre dehors. Elle prit une grande bouffée d’air frais, pour faire un peu changement de l’odeur du crottin de cheval qu’elle avait fini par ne plus sentir à force de rester dans l’écurie.

    - En fait… moi, ce n’est pas parce que j’aime la nuit… je n’aime pas sa noirceur… ça me fait penser à… enfin.

    Ça me fait penser à tante Cécile qui a allumé la nuit dans ma vie. Qui a allumé la nuit dans la vie de ma mère. Et surtout, dans la vie de Marie-Jeanne.

    - Je dirais que je viens surtout parce que j’y suis seule. Je ne suis plus avec les jeunes filles de ma classe, elles sont si…

    Elle se rendit soudainement compte de ce qu’elle venait de dire. Pour la première fois, elle osait dire ce qu’elle pensait réellement à une colombe de Saint-Cyr. Pour tout résumer, les filles de la classe bleue l’agaçaient au plus haut point. La plupart n’avait que comme seul but obtenir le plus de rubans possibles avec leurs bons points, et d’autres objectifs tout aussi ridicules et futiles. Elle avait envie parfois de leur hurler de vieillir, que les petites gloires minables de Saint-Cyr n’étaient pas l’unique consistant de la vie…

    - Mais tu ne me déranges pas du tout… Au contraire. Ça me fait du bien de parler avec toi. Parce que… comment dire? Tu n’es pas comme les autres. Comme moi. Et ça me plait.


_________________


Je suis libre de ma liberté.
Éva-Belle de Verchères, fille de la Nouvelle-France.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

Elisabeth du Bois Vermeil

♣ Admin Eli
Accro aux Fruits Rouges.

Féminin Nombre de messages : 1053
Age : 22
Localisation : Oo, mais où suis-je ?
Date d'inscription : 22/06/2009

Feuille de personnage
Nom de famille: du Bois Vermeil
Date de naissance && Âge: JJ.MM.1764 > 16 ans
MessageSujet: Re: Nous sommes libres de notre liberté. [PV. Eli]   Mer 25 Juil 2012 - 12:17

Éva lui sourit. D'un sourire franc, sincère. Comme Eli n'en avait jamais vu auparavant, ou alors trop peu. Un sourire qui prouvait qu'elle la comprenait, totalement, sans limites. C'était presque un miracle, pour Eli. Quelqu'un lui souriait, et la comprenait. De toute sa vie, elle n'avait jamais rencontré quelqu'un de tel. La tendresse et la compréhension avaient déserté son existence, lui avaient tourné le dos sans penser aux conséquences. Et c'était maintenant, alors qu'elle avait plus de seize ans, qu'elle était devenue jeune femme, c'était maintenant qu'elles se manifestaient. C'en était presque ridicule. Mais il n'est jamais trop tard pour de tels sentiments. Même si leur absence avait altéré son caractère, elle ne les refuserait jamais vraiment. Elle aurait du mal à s'y faire, sans doute, mais elle serait heureuse qu'enfin ils se manifestent. Elle ne connaissait personne qui refusât de la tendresse, ou de la compréhension. Son père même n'aurait pu vivre sans. Il avait trouvé Théodora et lui avait offert sa tendresse comme elle l'avait fait pour lui. Même les êtres les plus abjects avaient besoin de sentiments doux pour vivre. Eli était heureuse, donc, d'enfin entre-apercevoir une lueur de gentillesse dans la personne d'Éva. Éva qui l'avait suivie dehors. Éva qui lui souriait doucement, et qui respirait à pleins poumons l'air frais de la nuit.

- En fait… moi, ce n’est pas parce que j’aime la nuit… je n’aime pas sa noirceur… ça me fait penser à… enfin.

A quoi cela pouvait bien la faire penser ? A un passé désagréable ? Sans doute. Eli savait qu'elle n'était pas la seule à Saint Cyr à avoir vécu des horreurs. C'étaient bien les jeunes filles ruinées qui atterrissaient entre les murs de la Maison Royale d’Éducation, et ruinées voulait souvent dire qu'elles avaient vu la misère, aussi bien financière que sociale. Bien sûr, la majorité des jeunes Colombes avaient mené une vie plus ou moins normale, avec des parents aimants malgré la pauvreté de leur ménage, mais elles étaient plusieurs, comme Eli, à n'avoir pas eu une jeunesse très belle. Sûrement cette Éva-Belle en faisait-elle partie. Eli aurait bien aimé savoir, savoir ce à quoi la nuit et la noirceur faisaient penser sa compagne. Elle attendrait. Cela finirait bien par sortir. Toutes les prédisposition à l'ouverture du cœur de la bleue étaient au rendez-vous. La paix, le calme, la solitude. Elle voulait parler de son passé, cela se sentait. Il fallait juste attendre le bon moment.

- Je dirais que je viens surtout parce que j’y suis seule. Je ne suis plus avec les jeunes filles de ma classe, elles sont si…

Eli ne put s'empêcher de sourire. Oui, elle comprenait parfaitement. Les Colombes n'étaient pas ses fréquentations préférées. Elle n'aimait pas leurs gloussements, leurs chamailleries, leur naïveté. Elles ressemblaient à une bande de moineaux qui se disputaient pour avoir la plus grosse miette de pain. C'était ridicule et pour le moins insupportable. Elle les évitait, en général, et apparemment elle n'était pas la seule. Elle en fut heureuse. C'était vraiment un miracle que cette jeune fille, Éva-Belle de Véchères qu'elle disait s'appeler. Elles se comprenaient si bien, et toutes deux en semblaient également étonnées. Aucune des deux Colombes n'avait jamais pu trouver une âme qui la comprenne avant cette nuit là. Enfin.

- Mais tu ne me déranges pas du tout… Au contraire. Ça me fait du bien de parler avec toi. Parce que… comment dire? Tu n’es pas comme les autres. Comme moi. Et ça me plait.

- Pareillement.

A nouveau, Eli n'avait dit qu'un mot. Un seul. Elle n'était pas du genre à parler, à s'étendre, à compliquer ce qui pouvait être dit simplement. Elle aussi était heureuse d'avoir trouvé quelqu'un de différent, même si pas pareil à elle, mais qui du moins ne ressemblait pas aux autres gamines candides. Elle leva la tête, laissant pendre ses cheveux dans son dos. Elle regardait le ciel étoilé. Elle laissait le vent lui caresser le visage. Elle laissait la lune le lui éclairer. Elle laissait la nuit l'absorber. Elle voulait se promener, elle voulait marcher dans l'ombre du jardin, pieds nus, dans l'herbe haute des coins éloignés où le jardinier n'était pas encore passé. Elle voulait profiter à fond de cette nuit de tendresse et de compréhension avec la bleue.

- Une petite promenade ? proposa-t-elle alors.

Elle espérait qu'elle ne refuserait pas, par peur de la nuit. Elle savait qu'elle lui demandait d'affronter ses souvenirs. Elle savait qu'elle lui demandait de faire face à un danger qu'elle avait essayé de fuir. Mais tout comme elle affrontait la lumière chaque jour, tout comme elle acceptait de continuer à vivre en insécurité, il était nécessaire que Eva fasse le premier pas pour vaincre ses craintes, et pour dépasser ses souvenirs. Pour aller de l'avant, se détacher de ce qui avait obscurci son enfance et passer à autre chose si cela lui était possible. Ce qui n'était pas le cas pour Eli.

_________________



Spoiler:
 

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://gwendalavirrpg.forumactif.com
avatar

Éva-Belle de Verchères
« On est presque arrivé à St-Cyr ? »

Féminin Nombre de messages : 28
Date d'inscription : 11/04/2012

Feuille de personnage
Nom de famille: Jarret de Verchères
Date de naissance && Âge: 24 juin 1769
MessageSujet: Re: Nous sommes libres de notre liberté. [PV. Eli]   Lun 30 Juil 2012 - 3:36

    - Pareillement.

    Eli n’était pas très bavarde. Eva l’avait bien remarqué Mais son silence lui faisait du bien, en quelque sorte. Elle ne papotait pas comme certaines donzelles sans cervelle qui parlaient à tort et à travers de sujets qui n’intéressaient personne. Elles se ressemblaient, et en même temps pas. Eli était fille de nuit. La lune était sa mère. Elle la rassurait. Pas Éva. Le soleil était son roi. Le symbole de la victoire toujours constante sur le mal qu’était la nuit. Le soleil était son père, Pierre de Verchères, qui était devenu astre par sa mort. La lune était Tante Cécile. Et un jour, dans les rêves d’Éva, Pierre reviendrait pour chasser la mégère à tout jamais. Mais c’était dans des rêves… Et les rêves, dans le monde d’Éva, ne deviennent jamais réalité, même si on n’y croit très fort.

    - Une petite promenade?

    Éva sursauta. Elle ne s’y attendait pas du tout. Elle leva les yeux vers la lune, qui éclaira son visage, et serra les dents.

    « Tu n’as pas le choix, ma petite Éva-Belle. »

    Les paroles que Tante Cécile lui avait lancées lorsqu’Éva s’était opposée à son entrée à Saint-Cyr lui revenaient en mémoire. La manière si cruelle qu’elle l’avait dit. Le visage de Kateri, sa mère, qui regardait le plancher. Encore. Et les larmes dans le visage de Marie-Jeanne, qui perdait sa seule protectrice.

    Éva prit une grande inspiration, comme si elle s’apprêtait à se jeter dans l’eau glacée du fleuve Saint-Laurent, chez elle, en Nouvelle-France. Elle devait affronter la grande noirceur. Mais elle était fille de Madeleine de Verchères, celle qui, à 14 ans, avait protégé un fort contre les Iroquois sans aucun homme adulte. Elle ne connaissait pas la peur. Elle allait de l’avant.

    - Bien sûr.

    Elle regardait peu autour d’elle en marchant. Elle ne fixait qu’une seule chose : la lune. La lune, avec son éclat fantomatique, qui devenait de plus en plus ronde, pour ensuite être grugée par quelque ver invisible. Et qui redevenait ronde, encore et encore, pour répéter le même cycle, qui n’arrêterait qu’à la fin du monde.

    Perdue dans ses pensées, Éva remarqua qu’elles étaient arrivées à un petit étang. La lune, agrandie par l’eau, devenait de plus en plus obsédante. Elle serra les dents. Tante Cécile ne la quitterait jamais. Mais Éva savait qu’elle n’aurait jamais le droit de gâcher sa vie. Agrippant un petit caillou, tout blanc, elle le lança vers le reflet de la lune, de toutes ses forces. Elle était ce petit galet. Blanc, car elle était blanche en elle-même. Elle était ce petit paladin qui se battait contre la noirceur de sa tante. Un léger sourire apparut sur ses lèvres. Elle était heureuse, mais aussi soulagée.

    Pour la première fois depuis un moment, elle remarqua les étoiles. Elles semblaient briller encore plus fort. Une étoile semblait luire plus fort que les autres. Et cette étoile, Éva en était sûre. Elle s’appelait Pierre de Verchères.


_________________


Je suis libre de ma liberté.
Éva-Belle de Verchères, fille de la Nouvelle-France.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

Elisabeth du Bois Vermeil

♣ Admin Eli
Accro aux Fruits Rouges.

Féminin Nombre de messages : 1053
Age : 22
Localisation : Oo, mais où suis-je ?
Date d'inscription : 22/06/2009

Feuille de personnage
Nom de famille: du Bois Vermeil
Date de naissance && Âge: JJ.MM.1764 > 16 ans
MessageSujet: Re: Nous sommes libres de notre liberté. [PV. Eli]   Mer 8 Aoû 2012 - 12:58

Eva sursauta. Surprise, peut-être, par cette prise de parole inattendue de la part d'une jaune qui lui avait bien fait comprendre qu'elle ne parlait pas trop, mais effrayée peut-être aussi par une proposition qui lui était un sactifice. Pour Eva, Eli le sentait, une promenade nocturne signifiait une dose de crainte et un sentiment d'insécurité constant. Pour Eva, la nuit était un ennemi. Et Eva n'était pas du genre à combattre. Ce qu'elle voulait, c'était fuire cet ennemi, fuire la nuit pour ne voir que le jour, que la lumière du soleil, qui lui procurait joie, energie et protection. Son visage s'était obscurci, comme en proie à des souvenirs douloureux qui n'avaient pas encore été digérés, qui étaient trop vifs encore pour être oubliés, et qui entretenaient un rapport étroit avec cette nuit. Pourquoi ? Pourquoi cette bleue qui lui avait paru si semblable était-elle si différente ? En la voyant sur cette motte de foin, en train de réciter ces vers de Horace, Eli avait cru rencontrer une âme soeur. Elles s'étaient comprises immédiatement. Toutes deux avaient des passés noirs, durs et pleins d'épreuves. Mais alors qu'Eli cherchait refuge dans la nuit, et s'adressait à la Lune, Eva faisait confiance au soleil et préférait le jour. Amère ironie du sort...

Mais Eva n'avait pas l'air d'une nunuche. Elle était une battante dans l'âme, Eli le savait. Elle devait seulement accepter de combattre ses souvenirs, maintenant, c'était la seule chose qui lui restait à affronter. Elle affrontait le présent, elle affrontait le futur, mais le passé était bien plus important, et parfois bien plus dur à combattre. Eli allait l'aider, elle allait la soutenir si elle le voudrait, mais c'était à Eva d'accepter et de se lancer, sans quoi Eli ne pourrait rien faire. Elle sentait en Eva le besoin de passer sur ses souvenirs et de les vaincre pour pouvoir continuer à avancer. Une promenade au clair de lune lui fairait le plus grand bien, Eli en était sûre, mais il lui faudrait l'accepter. Eli l'observait sans arrêt, du coin de l'oeil, bien que la tête toujours tournée vers le ciel, vers les étoiles. Elle attendait, impatiemment, le signal qui lui permettrait de continuer. Et alors elle vit Eva inspirer profondément, comme si elle se jetait dans un lac à l'eau glaciale. Elle ouvrit la bouche, et dit :

- Bien sûr.

Eli sourit intérieurement. Elle fit un pas en avant, puis un autre. Eva-Belle avançait à ses côtés. Elle ne quittait pas la lune du regard. Etonnant... Eli au contraire se concentrait désormais sur les alentours, sur les arbres, les buissons, les massifs de fleurs, les fontaines, mais surtout sur leurs ombres. La pleine lune projetait sur la Terre un éclat suffisant pour faire des ombres sur le sol. Si petite, face au soleil, mais pourtant si puissante. Eli pourrait vivre la nuit, sans problèmes. Une si faible lumière lui suffirait amplement. Une petite brise dans les cheveux, des parfums plein les narines, et les ombres lui courant autour... Elle ne demandait rien de plus. Elles arrivènt devant un étang. Si Eli ne s'était pas arrêtée, Eva aurait continué à avancer et serait tombée dans l'eau. Mais l'imobilité de la jaune avait provoqué l'arrêt inconscient de sa compagne qui se mit alors à fixer le reflet immense de la lune dans l'eau de l'étang. Elle serrait les dents, amèrement. Et alors qu'Eli attendait une quelconque parole au sujet de ses craintes, Eva se baissa, prit un caillou et le lança de toutes ses forces dans l'eau, au plein milieu du reflet de la lune. Des vagues rondes naquirent à la surface alors qu'un sourire naissait sur ses lèvres. En était-elle seulement consciente ? Eli en doutait. Alors, Eva leva les yeux vers le ciel à nouveau, mais non pas vers la lune. Elle regardait les étoiles. Eli sourit à son tour.

- Elles sont belles, les étoiles, ne trouves-tu pas ? Comme des perles sur du velours...

_________________



Spoiler:
 

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://gwendalavirrpg.forumactif.com
avatar

Éva-Belle de Verchères
« On est presque arrivé à St-Cyr ? »

Féminin Nombre de messages : 28
Date d'inscription : 11/04/2012

Feuille de personnage
Nom de famille: Jarret de Verchères
Date de naissance && Âge: 24 juin 1769
MessageSujet: Re: Nous sommes libres de notre liberté. [PV. Eli]   Lun 13 Aoû 2012 - 20:05

    - Elles sont belles, les étoiles, ne trouves-tu pas ? Comme des perles sur du velours...

    Elisabeth était toujours là, à côté d’Éva. Elle avait sans doute remarqué sa contemplation des étoiles. Le sourire d’Éva s’agrandit encore plus. Oui, les étoiles étaient comme des perles sur du velours. Certaines étaient des diamants. Elle se souvint des histoires de sa mère, sur non seulement les étoiles, mais aussi la nature en général. Le côté amérindien de la jeune de Verchères était en plein éveil. Cette union constante avec la nature, pour se considérer comme une partie d’elle, à part entière. Oui, les étoiles étaient comme des perles sur du velours. Mais elles étaient bien plus. Bien plus. Kateri lui racontait que les âmes des justes, afin de montrer qu’ils veillaient toujours sur ceux qu’ils aimaient, devenaient étoiles, afin d’éclairer la nuit de leur deuil. Cette étoile s’appelait Pierre de Verchères. Son père tant-aimé, qui l’appréciait comme elle l’était, avec son côté garçon manqué, ses bêtises. Cette autre s’appelait Madeleine de Verchères. Cette jeune femme qui, Éva en était sûre, s’était réincarnée en elle. Cette jeune femme qui, à 14 ans, avait défendu le fort de sa famille contre les Iroquois, pris le commandement alors que les hommes avaient tous été massacrés au dehors, et qu’il ne restait plus que sa mère, ses frères de 12 et 10 ans, sa vieille nourrice, et d’autres femmes et enfants. Elle avait résisté. Le fort n’avait pas tombé.

    Maintenant, l’Iroquois s’appelait Tante Cécile.

    - Oui, c’est vrai.

    Elle tourna son visage vers Eli, laissant la lune l’éclairer, faisant ressortir la beauté de la jeune femme. Sa peau avait pâli depuis qu’elle était à Saint-Cyr, devenant presque blanche, faisant ressortir ses yeux noisette pétillant d’un éclat indéfinissable, ses traits fins et malicieux et ses longs cheveux bruns encore plus. Avec sa grande taille, on l’aurait volontiers prise pour une sorte de déesse guerrière tombée de son Olympe. Oui, c’était Tante Cécile qui lui donnait sa force. Tante Cécile réincarnée en la personne de la lune. C’était la raison qui faisait avancer Éva de l’avant. Elle devait combattre cette force occulte qu’était sa parente, pour défendre, de toutes ses forces, sa mère et sa sœur Marie-Jeanne. Petit paladin au cœur pur, elle se battait seule, avec son seul caractère et sa détermination comme armes. Mais elles comptaient pour beaucoup. Beaucoup.

    - Ma mère était à moitié amérindienne par ma grand-mère… enfin, ici, tout le monde dit Sauvage, mais c’est n’importe quoi.

    C’était une autre chose qui avait choqué Éva à Saint-Cyr. Ici, on appelait le peuple amérindien Sauvages. Comme si ce n’était qu’un espèce de peuple primitif, presque bestial, qui ne méritait que d’être dominé. C’est ce que faisaient souvent les Anglais, chez elle. Éva savait mieux que personne que les Amérindiens étaient des humains à part entière. Différents, certes, mais qui méritaient tellement d’être mieux compris. Comme Éva avait besoin d’être mieux comprise par tous, dans ce qu’elle était. Dans son côté garçon manqué, dans sa vivacité, dans son amour de la Nouvelle-France SANS LES ANGLAIS S’IL VOUS PLAÎT, enfin, tout ce qu’elle avait toujours aimé.

    - Enfin, pour revenir au sujet… son peuple croyait que les étoiles sont les âmes des défunts qui ont allumé leur petite lampe pour nous. Afin de nous éclairer dans la nuit de nos deuils…

    Elle avait tout dit cela d’une traite. Elle était presque surprise d’elle-même. Normalement, elle ne parlait de cela à personne. Elle avait peur de trop dévoiler sa propre sensibilité. Éva s’était toujours bâti une armure de fer afin de se protéger elle-même, afin de ne pas dévoiler ses propres faiblesses. Et à présent, il semblait y avoir une fissure dans son armure, provoquée par la rencontre d’Elisabeth. Mais cette fissure entrait en elle comme une douce brise apaisante, qui était un baume pour toutes ses blessures intérieures. Et elle laissait cette fissure s’agrandir, sans se soucier qu’elle se brise complètement. Il était bientôt temps de s’en débarrasser. Bientôt. Pas maintenant.

    - Et ça m’a toujours beaucoup aidée.

    Éva n’en dirait pas plus. C’était à Elisabeth, à présent, de découvrir son passé.

_________________


Je suis libre de ma liberté.
Éva-Belle de Verchères, fille de la Nouvelle-France.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar

Elisabeth du Bois Vermeil

♣ Admin Eli
Accro aux Fruits Rouges.

Féminin Nombre de messages : 1053
Age : 22
Localisation : Oo, mais où suis-je ?
Date d'inscription : 22/06/2009

Feuille de personnage
Nom de famille: du Bois Vermeil
Date de naissance && Âge: JJ.MM.1764 > 16 ans
MessageSujet: Re: Nous sommes libres de notre liberté. [PV. Eli]   Dim 26 Aoû 2012 - 18:16

- Oui, c’est vrai, répondit Eva-Belle, quittant les étoiles des yeux pour se tourner vers Eli.

Elle aussi était belle, de son visage émanait cette détermination qu'Eli lui connaissait et qui était un de leurs points communs. La détermination, la force de l'âme, la volonté. Les personnes qui en étaient dépourvues ne savaient pas vivre. Leurs buts ne seraient jamais atteints que par hasard ou par la gentillesse des autres. Ils n'arriveraient à rien dans la vie. Cela se voyait tout de suite si quelqu'un suivait ses objectifs ou s'il se laissait mener par ceux des autres. Eli ne pouvait toutefois pas prétendre avoir réussi tout ce qu'elle avait souhaité. Non, sa vie était loin d'être parfaite, elle le savait bien, mais elle savait aussi qu'il y avait des choses contre lesquelles elle ne pourrait rien faire, contre lesquelles lutter reviendrait à empirer son état. La détermination ne pouvait pas être séparée du bon sens et de la lucidité, sans quoi les plans pouvaient échouer et la personne en question pouvait se trouver dans une situation encore pire que celle de départ. Et Eli avait cette lucidité, cette présence d'esprit nécessaire. C'était bien pour ça qu'elle était là aujourd'hui, dans la Maison Royale de Saint Louis. Non qu'elle aimât les moeurs qui y régnaient ni les principes qui y étaient appliqués, mais sa captivité ici lui était une question de vie ou de mort, et elle s'en rendait très bien compte.

- Ma mère était à moitié amérindienne par ma grand-mère, commença sa compagne. Enfin, ici, tout le monde dit Sauvage, mais c’est n’importe quoi.

Eli hocha vaguement la tête. Elle avait un peu entendu parler de ce peuple du Nouveau Continent... mais elle ne savait rien de concret, à vrai dire. Elle n'avait intercepté que les commérages de certains clients de l'auberge où elle servait jadis. Et en effet, elle avait cru comprendre qu'on les considérait comme étant des Sauvages, sans éducation et sans culture, ne pouvant qu'être asservis. Elle était contre cette idée. A vrai dire, elle en était complètement dégoûtée. Elle ne savait pas gr?and chose de ce peuple, mais si c'étaient des humains, de tels traitements étaient inacceptables. Mais qu'y pouvait-elle ? Qu'y pourrait-elle jamais ? Rien. Même pour elle-même, elle ne pouvait rien. Car les traitements qu'on lui administrait n'avaient rien d'humain eux non plus.

- Enfin, pour revenir au sujet, reprit Eva. Son peuple croyait que les étoiles sont les âmes des défunts qui ont allumé leur petite lampe pour nous. Afin de nous éclairer dans la nuit de nos deuils… Et ça m’a toujours beaucoup aidée.

C'était donc pour ça ! L'affaire commençait à s'éclairer dans l'esprit d'Eli. La bleue qui semblait si dure, si inaccessible, n'était en fait qu'un être brisé par la mort de son ou de ses proches. Après tout, il en était souvent ainsi. Le deuil fait bien des changements en les âmes des vivants. Mais ça, Eli n'en avait jamais fait l'expérience. Personne de son entourage n'était jamais mort, même si elle l'avait cent fois souhaité. D'ailleurs, c'était réciproque. Elle n'avait jamais compris pourquoi, mais personne ne lui avait jamais manifesté aucune forme d'amour. Alors elle n'arrivait pas à imaginer que perdre un membre de sa famille puisse l'atteindre d'aucune manière que ce soit. La seule exception pourrait être son frère Will, mais même là, elle n'était pas sûre, elle le connaissait tellement peu, et lui la connaissait encore moins. C'était pareil ici, d'ailleurs. Les Colombes, c'étaient toutes des étrangères, alors qu'elle avait passé dans la Maison bientôt un an. Elle n'avait pas vraiment fait connaissance avec qui que ce soit. Elle était trop différente. Elle ne voulait pas, d'ailleurs, faire connaissance. Ou tout du moins cela ne la gênait pas de passer ses récréations seule. Mais cette nuit, quelque chose avait changé, elle le sentait. Alors, elle répondit :

- Ma mère a des origines anglaises, je crois. Mais je n'en sais pas beaucoup sur elle, ni sur aucun membre de ma famille d'ailleurs.

Eli marqua une pause, avant de continuer :

- Eux savent encore moins sur moi que moi sur eux, de toute façon. Et cela m'est bien égal.

C'était vrai. Elle n'avait jamais eu ce que les autres appelaient famille. Son cœur s'était fermé à l'amour filial qu'elle aurait pu ressentir. Désormais, la seule sorte de sentiments qu'elle pouvait espérer avoir était l'amour pour un homme qu'elle rencontrerait... mais elle n'y croyait pas non plus. Des fois, elle avait l'impression que son cœur ne battait pas du tout. Elle se sentait mentalement tellement ailleurs qu'elle se demandait si elle avait la même consistance, la même origine que ceux qui l'entouraient. Le même sang, le même pouls... Elle ne ressemblait à aucune jeune fille qu'elle aurait pu voir dans la Maison Royale de Saint-Cyr. Grande, maigre, ses boucles brunes lui descendant jusqu'aux hanches, elle avait une silhouette bien particulière. Et son visage n'était pas commun non plus. Sa peau blanche contrastait avec ses fines lèvres rouges et ses yeux aux iris vertes où brillait un éclat étonnant. De tout son corps émane une sorte d'aura mystérieuse mais attirante. Elle a cette beauté sauvage que personne ne comprendra jamais.

- Désormais, la Lune est ma mère, les étoiles mes sœurs et la nuit mon monde.

_________________



Spoiler:
 

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://gwendalavirrpg.forumactif.com

Contenu sponsorisé

MessageSujet: Re: Nous sommes libres de notre liberté. [PV. Eli]   

Revenir en haut Aller en bas
 

Nous sommes libres de notre liberté. [PV. Eli]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Maison Royale de Saint Louis (Saint-Cyr) :: Extérieurs :: Écuries-
Sauter vers: