Maison Royale de Saint Louis (Saint-Cyr)

Forum RPG au temps de Louis XVI, dans la Maison Royale de Saint Cyr à la veille de la Révolution Française.
 
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Scrounch ! "Mangez des taupes !" Souvenirs... <3 (by Hed)

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 Tremblements. {PVCéleste.

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MessageSujet: Tremblements. {PVCéleste.   Dim 3 Avr 2011 - 21:22

Max Richter - Journey 4.

{TREMBLEMENTS.

Une odeur de fer et de rouille montait du mouchoir que Madeleine tenait pressé contre son nez. Quelques minutes plus tôt, elle se trouvait dans la salle de classe à l'étage, entourée des Vertes, en pleine concentration sur un devoir de géométrie. Elle adorait cela, et sa main habile traçait les arcs de cercle sans difficultés, élaborant peu à peu une figure aux airs d'architecture. Trop concentrée peut-être, car son nez s'était brutalement mis à saigner, éjectant des gouttes pourpres sur sa feuille, sa robe, puis un filet rubis avait coloré ses lèvres, et la jeune femme avait paniqué, fouillant frénétiquement ses poches pour trouver un mouchoir. Un carré de dentelle blanc avait fait l'affaire, et elle s'était retrouvé dehors avec l'ordre d'aller à l'infirmerie. Aucune des filles ne s'étaient proposée pour l'accompagner ; le devoir était bien trop compliqué.

La descente des escaliers avait été laborieuse. La tête lui tournait, son coeur comme un oiseau en cage, s'affolait dans sa poitrine, et ses mains sur la rampe n'étaient pas bien assurées. Un instant, la brune fut tenté de s'assoir dans les marches, mais la discipline lui interdisait ; déjà qu'on lui reprochait d'être trop directe, de répondre avec insolence. Cependant, elle était juste simple. Simple, et assurée – il fallait savoir prendre la meilleure décision sans hésiter, comme par exemple dire à quelqu'un de la fermer, si on voulait profondément qu'il se la ferme, effectivement. Enfin, ses pieds regagnèrent un sol totalement plat. Madeleine n'avait aucune envie de se rendre à l'infirmerie. C'est surement son inconscient qui la fit bifurquer vers l'entrée. Là, son regard se perdit sur un tapis rouge qui promenait son velours en serpentant, jusqu'au vestibule étroit, où il se retrouvait engoncé dans ce couloir, ébloui par les ombres qu'apportaient les grandes fenêtres. A petites enjambées, car un essoufflement la guettait à chaque pulsion de son faible coeur, la Verte rejoignit ce vestibule. Une porte, au fond, menait à la Grande Cour, mais si elle s'y rendait, elle serait exposée aux yeux des Colombes travailleuses.

Suivant du doigt la courbe des moulures du bois, la tête se balançant au rythme d'une valse qu'elle jouait dans sa tête, vague souvenir d'avant son entrée à St-Cyr, Madeleine fit quelques pas dans le vestibule. Son autre main restait contre son visage, épanchant le flot qui coulait de ses narines. Elle s'arrêta à la troisième fenêtre, l'ouvrit en grand et offrit son visage à la douce brise printanière. Fermant les paupières, elle se laissa porter par les doux sons qui émanait du dehors. Les oiseaux chantaient une ode à l'Amour. Le vent chatouillait les feuilles, qui riaient dans de délicieux bruissements. Le soleil picotait chaque partie de peau que Madeleine lui exposait ; et là encore, elle était en infraction avec le règlement. Toujours sortir couvert, toujours éviter que la peau ne brunisse, ne serait-ce que se pare de taches de rousseurs. Fichue mode de Versailles. Mais non, il fallait avoir les mains et le visage aussi blanc que possible, pour prouver qu'on ne travaillait pas telle une paysanne. Ca, pas d'inquiétudes. Les dondons de Versailles étaient juste bonnes à lever une grasse paume pour un baise-main, le derrière engoncé dans des robes hors de prix, coincées dans leurs fauteuils dorés, et gloussant toute la sainte journée. Et les nobles osaient se plaindre, s'écriant que la vie à Versailles était éreintante, trop chère et perdait de son luxe. Les histoires de chair fraîche qui circulaient, et autres rumeurs peu catholiques, ne devaient effectivement pas aider au luxe, mais plutôt à la luxure.

Un petit « ploc » ramena ses pensées dans sa verte campagne, l'éloignant des attrayantes et dangereuses lumières de Versailles. Une goutte de sang s'était échappé du mouchoir détrempé, et s'était étalée en un rond bordé de petites ciselures sur le rebord blanc de la fenêtre. Un petit cri s'étouffa dans la gorge de Madeleine, et elle détourna son regard, lachant par mégarde son carré de dentelle, et ramena ses ondulations brunes devant ses yeux, frissonnante. Les mains tremblantes, elle faisait des noeuds dans sa chevelure, et faisait petite fille chétive, presque pathétique, torturant ses cheveux ainsi en gémissant. De peur qu'on ne la découvre, car elle possédait tout de même une once d'amour-propre, Madeleine ramena les mains le long de son corps, les colla à ses cuisses, et serra les dents. Encore cette satanée crise qui menaçait de se déclencher, comme toujours, à la vue et au bruit du sang. Pourtant, elle avait cru, en classe, que ce saignement nasal allait bien se passer, ce n'était rien qu'une petite douleur au nez et … Rah. A quinze ans, ça ne passerait donc jamais ? Elle était condamnée à rester cette pauvre petite fillette trop fragile ? Si son esprit respirait de maturité, son corps aussi refusait de le montrer ; elle n'avait pas de graisse qui dépassait, juste des os saillants, pas de hanches de femmes sur lesquelles poser ses mains, pas de seins ronds à trémousser dans son corset. Elle restait désespérément la même, même ses grands yeux gris, quand elle était étonnée ou avait faim, avaient l'apparence d'un regard de chaton. Quand elle avait faim... cela lui arracha un sourire. Elle n'avait plus eu vraiment faim depuis longtemps, elle n'avait plus eu ce minois si risible, la frimousse contrariée par ce ventre qui grondait. Depuis qu'elle était à St-Cyr, il y avait tellement de têtes, tellement d'émotions qu'elle n'avait plus eu. Et pourtant elle ne s'y sentait pas mal. Alors pourquoi, pourquoi perdait-elle son originalité, son innocence, son dynamisme ? Elle se renfermait, n'ayant plus comme objectif, presque une obsession, de cacher ses crises qui étaient de plus en plus fréquente. Elle se renfermait, comme une fleur qui se fane.
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Céleste De Montmiraille

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MessageSujet: Re: Tremblements. {PVCéleste.   Jeu 7 Avr 2011 - 20:32

Assise droit sur sa chaise le regard sévère foudroyant celle qui allait oser la déranger -ce qui arrivait toujours malheureusement. Céleste écoutait avec passion son professeur leur expliquer la différente géographie de la France. Elle aimait entendre parler des montagnes, de l'océan du Sud de la France, des grandes plaines du centre et des multiples villes les unes plus belles que les autres qui se situaient un peu partout dans cet illustre pays. Céleste n'avait pas envie de parcourir le monde, à vrai dire elle préférait avoir une maison bien à elle -son rêve le plus secret étant d'habiter dans le Derbyshire, un de ses endroits préférés où elle s'était rendue étant petite un jour. Elle ne savait ce qui l'avait le plus marqué là-bas mais, une chose était sûre, cela l'avait marqué. Qui plus est, son père parlait toujours de cet endroit qu'il aimait autant que sa fille avec une lueur respect et d'admiration ce qui ne faisait qu'accentuer le désir de Céleste. Le Derbyshire, là bas se trouvaient d'immense étendu d'herbe, des jardins les uns plus beaux que les autres et des manoirs typiquement anglais qui ne manquaient pas de charme aux yeux de la belle bleue.

Au bout d'un quart d'heure de cours, alors que le sujet portait sur les grandes rivières dont la France se vantait d'avoir Céleste commença à s'ennuyer. Le sujet n'était pas à proprement dit boring mais il ne fallait pas non plus qu'il s'éternise. Les poissons, c'était bien gentil mais seulement lorsqu'il y en avait un ou deux. De plus, si connaître le sens des courants était importants savoir combien de litres d'eau étaient présents dans ce fleuve n'était, aux yeux de Céleste, pas indispensable. Après tout cela changerait-il quelque chose aux multiples reflets bleus qui faisaient miroiter le fleuve? Non, il resterait aussi beau, aussi fluide et aussi à l'aise dans son élément. Alors pourquoi se préoccuper de petits détails qui ne faisaient que rendre la vie plus difficile? Au fond, l'important, c'était l'unique présence de l'eau et la beauté du fleuve. Savoir pourquoi il était aussi magnifique gâcherait son côté onirique. Alors, voilà, Céleste ne voulait pas savoir pourquoi il y avait tant de litres dans tous ses fleuves qui traversaient le beau pays français en long et en large. Sérieusement, est-ce qu'il y avait une seule des colombes parmi cette masse de colombes à qui l'information allait profiter? Céleste se voyait bien arriver à Versailles et parler du nombre de litres d'eau dans le Rhône. La situation serait sans aucun doute amusante. Céleste était prête à parier que la plupart des membres de la cour ne comprendraient pas ce qu'elle disait. Triste pour eux.

Prétextant une soudaine migraine qui n'avait aucune raison d'être Céleste sortit du cours la main tapotant son front comme si elle souffrait le martyre. Dès que la porte se referma derrière la jeune femme cessa ses simagrées et sourit d'un sourire sans joie. Qu'est-ce qu'elle savait là? Au fond elle ne savait pas vraiment, suivre le mouvement n'était pas de son goût et faire semblant d'être passionnée par quelque chose de profondément ennuyant ne lui semblait pas être la bonne solution. Pourtant, maintenant qu'elle était sortit elle n'était pas sûre d'avoir pris une solution qui lui serait bénéfique. Enfin, qu'importait! Elle était là et elle comptait bien en profiter. Prenant les escaliers menant dans le petit vestibule où jamais personne ne mettait les pieds parce qu'il ne servait à rien. En théorie, toutes les colombes pouvaient y avoir accès pour sortir mais les maîtresses voyaient d'un mauvais œil le fait qu'elles puissent prendre l'air. Du coup, ce couloir était souvent désert ce qui, d'après Céleste, lui donnait un attrait.

Cette fois-ci, pourtant, Céleste eut la surprise de trouver une autre personne dans ce petit vestibule. Elle haussa un sourcil avec un air magnifiquement blasée peint sur son joli visage. Très vite, alors qu'elle ne faisait qu'effleurer du regard la jeune fille quelque chose marqua Céleste. Elle avait l'air si fragile...une poupée de porcelaine dans un monde de poupées de fer. Sur le rebord de la fenêtre une goutte de sang rouge qui contrastait avec le bord blanc de la fenêtre avait l'air d'avoir établi son domicile. Toute tremblante la jeune inconnue faisait des noeuds avec ses beaux cheveux. Pourquoi donc? Il ne fallait pas être un devin pour se rendre compte, qu'en plus de saigner extérieurement la jeune fille saignait intérieurement.

-Tu vas bien?

La voix calme, posée, montrant une grande assurance et une petite douceur Céleste était vraiment préoccupée. Si Saint-Cyr n'était pas un endroit de rêve elle ne voyait tout de même pas pourquoi elle était dans cet état.
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MessageSujet: Re: Tremblements. {PVCéleste.   Jeu 28 Avr 2011 - 10:34

Musique ?


Et voilà. Ce que Madeleine redoutait était arrivé – elle venait d'être surprise. Sans doute pas au beau milieu d'une crise foudroyante, mais dans une situation quelque peu gênante tout de même. Tout le monde avait beau faire le fier, le paon, se donner des airs déconnecté du monde, il n'y avait presque personne qui ne se souciait pas du regard des autres. Ce regard, ce jugement sans fondements, qui vous transperce, déniche vos failles, exacerbe vos douleurs. Le regard auquel on ne peut jamais échapper. Le regard qui décide de vos futures relations sociales. Ce regard était le début, et la fin de tout. L'homme pouvait détruire son frère le temps d'un battement de cils ; l'homme était un carnassier qui ne laissait aucune chance aux plus faibles. C'est pourquoi la Verte détestait se retrouver en position de faiblesse ; on a tous peur d'être dévoré.

Pourtant, elle aurait pu faire quelques pas, trébucher dans les bras de l'inconnue qui s'était aventurée dans le corridor. Pourtant, elle aurait pu, se raccrocher, tremblante, de ses bras faibles, à son cou. Enfouir sa tête dans le creux de son épaule, respirer son odeur, pour se rappeler qu'elle était vivante, que tout irait bien. Pourtant, elle aurait pu accepter ses caresses réconfortantes, accepter une main tendue. Lui raconter, laisser ses craintes s'échapper, timides. Serrer sa robe entre ses doigts, lui demander de rester. Voir ses larmes couler, en tachant de petits ronds dentelés le tissu du corsage. Oui, elle aurait pu s'avancer, demander de l'aide, se mêler à cette fille pour mieux ressentir son corps, pour mieux retomber les pieds sur terre. Mais elle n'en fit rien. Madeleine recula d'un pas – il n'y aurait aucun contact physique entre elle et l'inconnue.

{ Tu vas bien ?
{ Je vais bien. Et toi ?

Voix placide, réponse blasée, entrant dans les codes de l'étiquette. Si la jeune fille qui lui faisait face était aveugle, le stratagème aurait sûrement fonctionné. Mais les yeux noirs de Maddy, affolés et méfiants, son corps tremblant, ses cheveux en bataille autours de son visage trop pâle, tout ceci ne tromperait en rien. Elle se rendit compte de cela juste après avoir rassuré son interlocutrice. Il lui fallait donc trouver une solution – Madeleine aimait les histoires simples où l'on s'y retrouvait. Elle mentirait pour une bonne cause, pour sauver sa peau. Qui ne savait pas que mentir était mal ? Tout chrétien baptisé avait entendu ceci dans sa vie. Madeleine n'était pas une fervente croyante, mais elle respectait de nombreux principes de la Bible, comme le fait de ne pas faire de mal à autrui, la charité, et autres bonnes oeuvres. Mais elle plaçait sa vie sur Terre avant celle de Là-Haut ; ce qui avait pour conséquence, sa manie de toujours vouloir tirer la première son épingle du jeu, par tous les moyens. Elle ne souhaitait jamais attendre, poireauter dans des magouilles sombres pour un maximum de bénéfices. Non, elle voulait juste s'en sortir, le plus simplement, rapidement possible. Ne pensez pas qu'elle soit simplette, bien au contraire. Souvent, ce sont les plus grands qui sont les plus sages, les plus simples. Ils aspirent à une vie maîtrisée, heureuse. Hélas. Comment Madeleine pouvait-elle oser espérer une vie sage, quand elle ne contrôlait même pas ses peurs étouffées ?

{ Je. Excuse moi, je suis un peu troublée. Nous avons parlé des.. des fleuves en géographie, ce matin, et .. mon petit cousin s'y est noyé. Je me suis contenue, mais, la boule dans ma gorge n'a cessé d'enfler, et j'ai craqué tout à l'heure.


Paix à l'âme de ce cousin qu'elle n'avait sûrement pas – elle ne connaissait pas sa tante, qui s'était exilée en Autriche. Paix à son âme pour ce mensonge affreux. Affreux, mais adroit. Maddy était logique et intelligente, et connaissait les bases d'un bon mensonge. Il fallait introduire le plus d'éléments véridiques et vérifiables possible. Et ce qui constituait le mensonge ne devait pas être vérifiable. Il ne restait plus à attendre, pour voir si son interlocutrice mordrait à l'hameçon. Et si, petit poisson frétillant, elle se débattait pour connaître la vérité cachée derrière la surface, Madeleine balancerait tout son stock d'hameçons, frapperait l'eau pour la troubler, et pourrait même se noyer en emportant son secret. Ou, dans le cas présent, s'enfuir en courant dans la cour par la porte au fond du couloir. En plus de l'honneur qu'elle mettait en jeu, la Verte savait ce qui l'attendait si, un jour, elle mettait quelqu'un au courant de ses crises ! Ces maux là n'étaient pas bien vus, c'était le Diable, le Malin en personne qui venait faire trembler le corps des pauvres possédés, il fallait les enfermer, les attacher pour qu'il s'en aille. Madeleine attachée, enfermée ? Une idée à se cogner la tête contre les murs.

Madeleine aurait pu être qualifiée d'avant-gardiste. En effet, elle n'avait nulle confiance en les sciences, et la médecine de son temps. Les saignées la répugnaient, et le principe même de perdre du sang, lui paraissait idiot. Quand aux techniques d'exorcistes à deux francs six sous, elle les méprisait – en silence. Etant atteinte de l'un de ces fameux mal, elle savait pertinemment que l'ail bénie, les crucifix éparpillés partout, et parfois même la torture que subissait les demeurés n'aidait en rien. Le remède, elle le savait, plus ou moins, au fond d'elle. Une oreille, attentive, sage. Une écoute régulière, objective. Quelqu'un, qu'elle n'avait jamais rencontré, et qu'elle ne rencontrerait jamais. Alors, il fallait sourire, sourire dans le vent, encore et encore, et prendre sur soi. Faire passer au plus vite les moments comme celui qu'elle était en train de vivre.

Relevant les yeux, elle recroisa le regard de la brune. Une vague souleva sa poitrine, elle se sentir portée vers elle. Oui, c'était cela. Elle était au sommet, à la crête de la vague, qui aller briser son écume sauvage et lasse, qui allait s'écrouler dans des bras amis. Serrant la mâchoire, elle avala sa salive, refoulant par la même occasion cette vague. Pouvait-on se laisser aller sans crainte ? Pouvait-on compter sur la gentillesse de l'homme ? Quelle gentillesse, pauvre fille, quelle gentillesse ?

On se demandait depuis toujours quel était le vrai fond de l'homme. Etait-il bon, mais la société le rendait mauvais, ou était-il méchant, mais la société l'assagissait ? Madeleine ne savait pas si un monstre sommeillait au fond de sa poitrine.
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Céleste De Montmiraille

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MessageSujet: Re: Tremblements. {PVCéleste.   Sam 28 Mai 2011 - 22:13

Saint-Cyr, un cauchemar? Allez dire ça à toutes ses jeunes filles en haillons qui ne dépassaient pas les douze ans par manque de nourriture. C'était égoïste de dire ça et surtout profondément stupide. On pouvait ne pas aimer l'endroit, trouver l'ambiance dure et trop sévère ou même ne pas réussir à s'intégrer. Était-ce une raison pour dénigrer l'endroit dans lequel on se trouvait? Surement pas. On devait le respect à un tel endroit surtout si on venait d'y passer plusieurs années à y être nourri, logé sans la moindre contrepartie. Critiquer était un endroit, une arme mais elle ne devait pas servir pour ses intérêts personnels. Une critique se devait, qu'elle soit bonne ou mauvaise, d'être constructive. Critiquer pour critiquer était un signe d'ignorance et de bêtise. C'est pourquoi Céleste n'appréciait que moyennement les jeunes filles qui passaient leurs journées à dire du malheur de cette école. Certes, ce n'était pas un paradis et il arrivait à Céleste de s'énerver contre le système qui régissait les droits desdites colombes mais elle savait aussi reconnaître l'intérêt d'une telle entreprise et la chance qu'elle avait à y être. Elle n'était peut-être pas la plus chanceuse mais elle ne l'était pas la moins. Sauf que, contrairement à presque toutes les autres, elle avait conscience de ce qu'elle avait et du cadeau que lui procurait sa naissance.

Sa naissance. Tant chérie par ses parents, tant haït par la famille rivale des Montmiraille. Attendue avec impatience par ses frères et soeurs. Elle lui procurait sa place dans cette maison, son honneur et son plus grand déshonneur aussi. C'était un cercle vicieux. On était privilégié tout en étant enchainé tout ça parce qu'on était noble. Que l'on soit marquis, duc, comte, baron ou encore chevalier cela ne changeait rien. Parce qu'au fond, ils étaient tous pris au piège. Tous autant qu'ils étaient, tous. Ils n'y avaient pas d'exception parce, du moment où ils essayaient de se rebeller, de clamer leur liberté ils étaient tués ou disgraciés or, lorsqu'on a connu le luxe il est très difficile de se contenter de la pauvreté.

L'homme est un prédateur, il en veut plus, toujours plus quelque en soient les conséquences. Les dommages collatéraux? Il ne les voit même pas ou tout du même il fait semblant de ne pas les voir. Du pareil au même. Lorsque quelqu'un lui en parle il prend un air innocent en répliquant que, non, ce n'est pas lui. Ce n'est pas de sa faute. Qui donc lui demande-t-on? Il ne sait pas, il ne sait jamais rien à part que ce n'est pas lui. On a beau insister, il ne dira rien. Est-ce qu'il pense ou une couverture? Le saura-t-on un jour? Se doute-il de ce qu'il a fait? N'a-t-il aucun sentiment? Si, il aime ce qu'il fait. Trop peut-être parce qu'il arrive à un point ou rien d'autre n'a de l'importance. Il devient seul, vieux, riche, arrogant, pessimiste, gros. A quoi aura servi sa vie? A mieux mourir, sans avoir l'impression de laisser quelque chose derrière soi. Mais, durant toute leur vie il a été un prédateur. Et là, sur son lit de mort il devient un homme, celui qu'il n'a jamais été. Un souvenir lui revient, il sourit.

Il était là, dans la rue, il marchait d'un pas vif, pressé. Il n'avait pas de temps à perdre les affaires le réclamaient. Pourtant, en passant, il a croisé le chemin d'une petite fille. A l'époque il ne l'a même pas regardé, il a juste entendu ses pleurs, son ventre criant famine. Mais il ne s'est pas arrêté, il a continué à marcher, sans la voir vraiment. Peut-être allait-il mourir, que lui aurait couté deux petites pièces? Trente ans après, allongé sur lit avant de rejoindre ses ancêtres il se demande ce qu'elle est devenue. Il n'a pas de scrupules, il se rappelle juste qu'elle a existé, il lui rend son humanité. Alors, alors que plus rien ne le retient il ferme les yeux, pour la dernière fois. Il sait qu'il ne les rouvrira plus mais il n'en a rien à faire. Parce qu'il est heureux, pour la première fois de sa vie.

Et là, devant Céleste, une jeune fille. Avait-elle, étant petite, croisé un tel homme? Ou avait-elle marché à côté d'un tel homme qui était son père? En avait-elle souffert ou, pour elle, il s'était agit d'une scène normale. Mais Céleste n'était pas dupe et, alors qu'elle ouvrait à peine la bouche, elle savait qu'elle allait mentir.


-Je vais bien. Et toi?

D'une voix dénuée de sentiments. Qu'avait fait la société pour qu'elle soit comme cela? Que lui avait fait la société? Fragile et faible, voilà ce qu'elle était. Elle tremblait tout en essayant de cacher son mal-être. Pauvre petite traumatisée par Céleste ne savait pas quoi mais bel et bien traumatisée. Le monde était injuste, la société mal faite mais le monde ne changerait pas plus que la société. Il fallait un but pour survivre, un but pour avancer, pour se redonner du courage. Céleste avait depuis de longues années trouvé son but : redorer le blason des Montmiraille. En effet, elle était très fière d'appartenir à cette famille grande et puissance mais, malheureusement ruinée. Montmiraille elle était, Montmiraille elle resterait.

Et cette jeune fille dans tout ça? Avait-elle un but si ce n'était devenir plus forte? Il le fallait si ce n'était pas le cas. C'était comme vivre sans eau. La même chose. A moins qu'elle ne veuille devenir un pantin au service du roi, pire, de la monarchie. A moins qu'elle ne désire passer sa vie dans les jupes de sa mère ou à vivre chez des amis qui l'accueilleraient bien volontiers mais qui ne pourraient pas la garder toute sa vie. Non, ce n'était pas une vie. Elle allait devoir apprendre, à marcher au pas, à rire quand il le fallait, à critiquer, à ne se fier à personne. Il fallait être fort, très fort. Vivre est une tâche ardue.

Où est la justice dans ce monde alors? C'est très simple, il n'y en a pas. Le monde considérait les personnes les plus riches comme les plus justes. Foutaises. Même les ecclésiastiques n'étaient pas juste. Qui pouvait se tanner d'être juste? Qui pouvait juger sans avoir de doutes? Personne! Tout le monde était à la merci de la justice divine. Malheureusement elle ne venait qu'après la mort, après les épreuves, après la haine et l'amour, après la vie.


-Très bien.

A ce petit jeu Céleste aussi était très forte. Dans le genre je-m'en-foutisme personne ne lui arrivait à la cheville. Cela faisait de nombreuses années qu'elle faisait à tout le monde ce qu'elle voulait et ce, sans la moindre difficulté. Ce n'était inné, tout du moins pas totalement puisqu'elle avait du le travailler avant d'arriver à un tel niveau de perfection, mais tout du moins il serait toujours plus présent chez Céleste que chez la jeune verte. Tout comme le fait de déceler les mensonges. Personne ne le faisait mieux qu'elle. Chaque personne avait un petit quelque chose dans le ton de sa voix, dans ses mimiques qui sonnait faux. Céleste le captait, l'attrapait et l'utilisait. Elle était plus que bonne à ce jeu là.

Mais pouvait-on vraiment dire qu'il s'agissait d'un jeu?

Certaines personnes auraient dit oui. La vie en elle-même en était un pour elles alors mentir ce n'était rien de plus qu'une manche. Qu'on la gagne ou pas cela n'avait pas d'importance puisqu'il y en avait d'autres. On ne pouvait pas toutes les gagner, c'était comme prétendre être parfait. Et, quoi que l'on dire, la chance n'avait rien à voir la dedans. Si on gagnait cette manche c'était simplement parce qu'on l'avait mérité. D'autres personnes, plus sévères, auraient dit que les jeux en eux-mêmes n'étaient pas des jeux. Et que, si c'était le cas c'était quelque chose de glauque. Jouer, lorsqu'on sait pertinemment qu'on va perdre. Et ils n'avaient pas tort, d'ailleurs, Céleste était plutôt d'accord avec eux qu'avec les autres.


-Je. Excuse moi, je suis un peu troublée. Nous avons parlé des.. des fleuves en géographie, ce matin, et .. mon petit cousin s'y est noyé. Je me suis contenue, mais, la boule dans ma gorge n'a cessé d'enfler, et j'ai craqué tout à l'heure.

N'importe qui serait tombé dans le panneau, se serait excusée et aurait laissé la fille toute seule. N'importe qui sauf Céleste. Pour elle, c'était sûre, elle mentait. Ce cousin n'avait pas existé, pas plus que sa noyade. Et puis, la jeune fille n'était pas entrain de pleurer quelqu'un de sa famille. Céleste n'était pas née de la dernière pluie et elle savait que les tremblements de la jeune fille en face d'elle étaient beaucoup plus profonds que ce qu'elle prétendait. Mais si elle ne voulait pas en parler, libre à elle. Après tout Céleste n'était ni sa mère ni sa sœur et si elle ne pouvait pas s'empêcher d'être émue devant la détresse de la verte elle n'appréciait gère le fait qu'elle lui mente en la prenant pour la dernière des imbéciles.

-Ne me mens pas.

Froide, la voix de Céleste claque dans l'air comme si c'était sa main. Elle avait consciente d'être dure, sévère et tout ce que la verte voulait mais elle au moins ne se réfugiait pas dans des mensonges stupides. Elle pouvait avoir l'air aussi innocente qu'elle voulait, pleurer et trembler tout son saoule ça ne changerait rien. Si elle voulait parler Céleste était là, ce n'était pas elle qui allait divulguer ses secrets. Par contre, si elle essayait de lui mentir encore une fois la jeune bleue pouvait très bien l'anéantir. Symboliquement parlant. Et, comme elle était elle-même un prédateur, elle n'aurait aucun scrupule. Après tout, elle était juste plus lucide que les autres, sinon, elle était comme tout le monde.

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MessageSujet: Re: Tremblements. {PVCéleste.   Lun 30 Mai 2011 - 20:09

Musique.

L'âge où l'on se pose les questions, l'âge où l'on se découvre, se teste, s'essaie. Les interdits sont des limites délicieusement franchissables, les interdits des serrures dans lesquelles jeter un oeil avant de s'y jeter à corps perdu. L'adolescence, ou l'âge des pêchés. On quitte le monde merveilleux, innocent, naïf, presque détaché de la réalité, le monde de l'enfance. Mais l'on brûle encore, de la flamme que les adultes étouffent. On brûle encore, nos intérêts sont beaux, grandioses. Nos idéaux révolutionnaires. Tout semble suspendu, quand on est adolescent ; tout est suspendu, et accéléré à la fois. L'adolescence, c'est l'âge où l'envie de toujours plus, caractéristique de l'homme, se déploie de toute son ardeur. Pourtant, ce n'était pas ce que voulait Madeleine. Non, elle n'était pas tournée vers l'avenir, les yeux brillants, le corps arqué vers l'avant, l'âme conquérante et guerrière. Non, Madeleine était désespérément à terre, rampant, creusant la terre de ses ongles, fouillant le passé avec ardeur. Sans succès. Il lui faudrait reculer, pour mieux avancer.

Pourquoi l'autre avait-elle cette rigidité élégante ? Elle ne ressemblait plus à une enfant, seul lui restait son teint frais. Déjà, l'adulte en elle, équilibré, froide, forte, apparaissait en filigrane. Madeleine admira les plis parfaits de la robe qui tombait sur sa taille fine, bien marquée par des hanches délicates. Les yeux baissés, n'osant pas regarder les inconnues dans les yeux – cela était crédible. Alors qu'en réalité, la Verte laissait couler ses yeux sur le corps de la Bleue, à en juger par les rubans accrochés sur le vêtement de toile simple. Le regard remonta lentement – timidité feinte – et le corsage de la jeune femme entra dans son champs de vision. Ah, les corsets, quel poison, quel torture pour les femmes ! Etait-il naturel, de se déformer le corps, au nom de quoi ? De quoi s'il vous plait ? De la beauté, la chose la plus subjective du monde. Cependant, dans ce cas présent, Madeleine bénissait cette pièce de vêtement, qui contractait, magnifiait le décolleté fragile. Maddy se mordit violemment l'intérieur de la joue. Souffre, souffre pour expier !

Pour expier, encore et encore, ta disgrâce. Le goût du sang se profila sur sa langue, elle déglutit avec lenteur. Pour expier, souffre en priant. La religion était un thème important de la vie quotidienne de tous – elle s'inscrivait dans le registre de la banalité, tant elle s'imprimait, depuis toujours, dans tous les évènements. Madeleine n'était pas des plus fervente, sans être hérétique – elle n'avait pas été élevée dans la tradition catholique. Mais depuis quelques temps, elle se raccrochait à la prière, à ce Dieu qui pouvait sauver de tout, pourvu qu'Il le veuille bien. Depuis quelques temps, elle priait chaque soir, usant ses genoux sur le parquet dur, joignant ses mains avec tant de force qu'elle en avait des crampes. Sans se l'avouer, elle savait cela vain – méritait-elle la pitié d'un Dieu qu'elle avait ignoré pendant des années ? Il fallait compter sur la grâce de ce dernier. Elle priait par honte, mais aussi pour pouvoir penser en paix. Quelqu'un qui prie n'est jamais dérangé. Penser encore, pourquoi à quoi bon mais que faire pourquoi moi depuis quand jusqu'à quand ?

Depuis qu'elle était entrée à St-Cyr, cette tare lui bouffait les entrailles. Elle en cauchemardait la vie. C'était comme une petite bête, un cafard, qui s'insinue, malingre, et mange l'intérieur de votre corps pour grossir, encore et encore, devenir affreux, et pourtant invisible aux yeux des autres – faire attention que les antennes ne sortent pas du nez, faire attention que les autres Colombes ne remarquent rien des troubles de Madeleine. St-Cyr n'y était en rien, Madeleine n'était pas de celles qui se plaignaient, clamaient haut et fort, sans soucis de pudeur, que cette maison était pire qu'une prison. Madeleine n'était pas des fayottes dont les broderies étaient si parfaites qu'elles donnaient l'inévitable envie d'arracher chaque fils. Madeleine était, en tout points, une fille au milieu. Au milieu de tout. En taille, en notes, en beauté, en intelligence – quoique … non. - en sympathie, en richesse … Et pourtant, elle ne rentrait pas dans le moule homogène imposé par la société.

Madeleine aimait les corps des filles. Non, elle ne les aimaient pas ; elle les désiraient. Pire encore.

{ Très bien.

Très bien. Effectivement, elle allait très bien. Mais le ton n'y allait pas – et l'autre avait compris que Madeleine mentait avec aplomb. Une autre aurait trébuché dans ces mots ; n'aurait pas compris la froideur. Mais visiblement, Madeleine et la Bleue fonctionnaient sur le même modèle – économiser les mots, se servir de l'intonation pour délivrer de subtils mais concis messages. Madeleine aurait du se douter que son interlocutrice était différente, mais elle tenta quand même le coup. Son mensonge expliquant son trouble ne passa pas. Mais la réaction fut encore pire que ce qu'elle avait imaginé. L'humiliation, c'était cuisant – pire qu'une main posée sur le poêle, pire qu'un plat après un plongeon raté, pire qu'une morsure à sang. La violence morale était parfois pire que la violence physique. Cette dernière se réparait, peu à peu. La violence morale ébranlait nos convictions, blessait notre amour propre, et laissait des traces et des doutes irréversibles. Bien que l'égo-centrisme de Maddy soit presque nul, le fait d'être découverte ainsi, sans préventions préalables, la laissant nue face à elle-même, la vexa sérieusement quant à ses qualités de comédienne.

{ Ne me mens pas.

Et pourquoi pas ? Où était le mal quant à mentir ? Et surtout, surtout, qu'est ce qu'était la vérité ?! Bon, concédons-le, surement pas l'histoire biscornue qu'elle venait d'inventer. Mais quelle était la véritable, la vraie, l'infaillible vérité ? La vérité s'offrait dans un emballage de soie, la vérité était intime, profonde. La vérité est une vie à part entière. Alors cette fille, de quel droit réclamait-elle la vie de Madeleine ? Non, elle n'avait aucune raison de lui demander la vérité, et Maddy aucune raisons de la donner. Ne me mens pas – et si je ne te mentais, que cela changerait-il, pensa la Verte. Cela blessera moins ton honneur, ton envie de respect qui ressemble plus à des envies de soumissions des autres. Mais elle ne dit rien – si elle libérait, la violence gratuite était d'une inutilité profonde, et Madeleine détestait ce qui n'avait pas de sens.

{ Sinon quoi ?

Les âmes intelligentes ne sont pas exemptes de la violence – qui a dit que les gens intelligents prônaient la paix, l'amour, et aspirait au sacrifice pour la bonne cause ? Les intellectuels n'abîment pas leur corps, qui leur sert déjà à peine, mais se déchirent avec les mots. C'est ce qu'elles étaient en passe de faire, coincées dans cet étroit couloir face à face. Une jouxte s'annonçait-elle ? Madeleine voulait la provoquer un peu, tester ses réactions, la connaître. Pour plusieurs raisons. Tout d'abord, le jeu. Les attaques verbales faisaient souffrir, parfois, mais il fallait s'endurcir l'esprit – et quel jeu, quel jeu de rapidité, d'endurance, d'habilité ! Deuxièmement … Si, appuyons sur le si, si jamais, il lui fallait se confier, déverser son fioul de bile qui lui empoisonnaient le crâne, s'il fallait que ce soit quelqu'un, s'il fallait que ce soit elle, il fallait absolument la connaître. Mais il y avait peu de chances – le poison qui fermentait en elle était trop noire pour quelqu'un de normal. Et l'anormalité étant indéfinie, Madeleine ne devrait se fier qu'a son approximatif instinct, s'il se déclenchait seulement.

{ Hein, sinon quoi ? Elle fit un pas, le torse en avant, les yeux brillants, guerrière farouche aux cheveux dans le vent – ou plus exactement brise apportée par la fenêtre ouverte. Qui es-tu donc, pour oser m'ordonner ? Vouloir me soustraire une vérité qui te dépasse et t'indiffère ?

Pauvre est le langage des fort, pauvres sont les verbes utilisés sans pronoms, pauvre est l'injonction comparé à la douce politesse, continua-t-elle pour elle même. Pauvre je suis de fermer une porte à cette fille, en pleine face, alors qu'elle semblait moins futile, plus franche, plus .. moi. Mais Maddy se reprit – et la claque en pleine face, presque palpable, la claque de ses mots ? Une porte qui se ferme n'est pas moins ferme.

Une soudaine fatigue, après avoir refermée la bouche sur ses insanités rageuses, s'empara de la jeune fille. Sa constante fragilité. Elle fit volte face, oublia sa superbe d'il y a quelques secondes, et posa délicatement son postérieur sur le bord de la fenêtre, les yeux tournés vers la verdure. Ses doigts pianotaient sur le bois blanc, pour contrôler le tremblement qui se saisissait à nouveau d'elle. Fichue fragilité, handicapante, déstabilisante. Elle faisait son charme et son malheur. Madeleine serra les dents, évitant de laisser ses yeux se détourner du dehors, évitant l'autre. Tant pis si se forgeait une réputation de prétentieuse, hautaine, nerveuse.

Tant pis, tant qu'elle ne tombait pas en miettes.
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Céleste De Montmiraille

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MessageSujet: Re: Tremblements. {PVCéleste.   Lun 30 Mai 2011 - 21:31

Qu'avait le monde a offrir a des jeunes filles dont la beauté éphémère semblait être une insulte à la nature? Des pitoyables sentiments qui permettaient de connaître leur vraie force. L'amour qui détruisait les plus robustes d'entre elles, l'amitié faisait faiblir les plus naïves et il renforçait celles qui avaient compris que trop t''attachement n'était pas bon, la haine était sans doute le plus fort et le plus beau des sentiments. Il faisait fibrer l'âme de ses jeunes filles ne leur laissant aucun répit. Mais leur avaient-elles demandé, de répits? Non, elles n'en voulaient pas. Leur propre corps étaient une injure à la vie alors elles ne lutteraient pas contre le destin qui s'acharnaient avec mauvaise foi sur elles. Étaient-elles mauvaises pour avoir mériter un tel sort? Même pas toutes. C'était le pire. Bien sur, Céleste ne prétendaient pas ne pas l'être, elle mentait, elle pêchait autant qu'elle respirait. Mais qui ne pêchait pas? Naître n'était-il pas pêché? Chose stupide d'ailleurs. Personne n'avait choisi de naître et elle la dernière. Alors il n'avait rien d'abjecte dans cet acte. Donner la vie n'était-il pas une belle chose? Vivre n'était-il pas une chance, un bonheur, un idéal en lui-même?

Macabre, voilà comment était la religion; glauque, voilà comment était la vie; puissante, voilà comme était la volonté de Céleste. Plus puissante, plus pure, plus belle, plus mauvaise, plus ignoble que toutes celles qu'elle avait eu jusqu'à présent. Parce que, chaque jour, la vie était pire, la volonté était plus forte, celle d'être, d'exister dans une société déjà condamnée qui traitait les femmes comme des moins que rien. C'était une bonne chose d'ailleurs, plus de calme, plus de sérénité, moins de problèmes, plus de vie. Changer un objet de place était une preuve d'existence. Ouvrir la bouche une de volonté, crier, une d'espoir, mourir une de bonheur. Chaque action était une preuve de rébellion envers la monde. Le monde qui se voulait maître, maître des hommes, maître de l'enfer et du paradis.

Plonger aux cœurs de ses deux notions c'était se plonger dans la religion. Céleste croyait en Dieu, en la Sainte Trinité et tout ce qui allait avec mais elle n'estimait pas que tout était pardonné ou qu'en chaque homme se cachait quelqu'un de bien. En chaque homme, se cachait des pêchés, se cachait de l'espoir, de la volonté, de la haine et aussi de l'amour. Personne n'était parfait et les hommes les derniers ce qui les empêchaient de s'en prétendre. Parfait. Mais qu'est-ce que c'était donc? Tout faire comme il faut? Être aimé de tout le monde? Aimé tout le monde? Des foutaises! Que des foutaises! Si c'était cela la perfection bien des hommes l'avaient. Non, la perfection c'était d'être dans un accord parfait avec soi-même. Là, ça devenait beaucoup plus compliqué. Un accord? Qu'est-ce que c'était que cela? Être d'accord avec nous-mêmes? Rien de très difficile, d'ailleurs, c'était même ce que l'on faisait tout le temps. Et si c'était se comprendre, s'aimer ou, même pire, s'accepter tel que l'on était. Avec nos qualités et nos défauts. Croire en nous, avoir foi en nos atouts, se donner la chance de réussir. Et si c'était ça? Et bien personne ne serait parfait..ce qui est le cas. Parce que toute personne a son défaut qu'elle n'assume pas.

Céleste le connaissait, ce défaut, de ne pas beaucoup parler. Elle ne l'assumait pas parce que, de son point de vue ce n'était pas un défaut. Tout du moins c'était ce dont elle essayait de se convaincre. Elle n'était, certes, pas muette, mais elle n'engageait que rarement la conversation. Parce que les mots étaient des armes qu'elle n'utilisait pas avec n'importe qui, pas pour dire n'importe quoi. Mais cela, rares étaient les gens qui le comprenait. Parler n'était pour qu'eux qu'un moyen de communiquer comme un autre. Pareillement pour écrire. Que cela puisse nous permette d'atteindre notre but les dépasser complétement, totalement. C'était comme leur dire qu'un titre de noblesse ne servait à rien. Qui, au bon dieu, avait dit quelque chose d'aussi stupide?

Fixant, se son regard obsédant et malsain qui semblait promettre des atrocités à la jeune verte elle la détaillait. Pas moche, pas du tout même mais très fragile. Trop, un petit corps si facile à briser. Et pour cela, il aurait suffit qu'elle découvre son défaut, sa peur, sa phobie, sa hantise. Car il était clair que, sous ses allures timides, la jeune fille cachait un secret.

-Sinon quoi ?

Sans se départir de son regard Céleste se mit à sourire. Pas comme on sourit parce que l'on est amusé, plutôt comme on sourit à quelqu'un qui n'a rien compris, à quelqu'un qui va regretter sa question. Un sourire léger, fin, onctueux presque dont la méchanceté n'avait pas de limites.

Sinon quoi? Question bête. Céleste n'étant ni sa mère ni sa sœur elle n'allait pas la punir de quelques moyens qu'il soit. De toute façon, tel n'était pas son but. Que cette fille, dans deux heures, se souviennent d'elle ou non n'était pas plus son problème que si elle lui avait rentré dedans. Céleste était un garce, en du et bonne forme mais une garce intelligente qui ne se souciait pas de le moins du monde des autres. Elle ne passait pas quarante-cinq minutes devant son miroir pour être plus belle, elle ne regardait pas avec envie les grandes robes de la cour, elle lisait, elle s'instruisait, elle vivait et elle devenait, jour après jour, le pire cauchemar de l'homme. Son reflet le plus noir.

-Sinon quoi hein ? Qui es-tu donc, pour oser m'ordonner ? Vouloir me soustraire à une vérité qui te dépasse et qui t'indiffère ?

Elle était Céleste de Montmiraille, voilà qui elle était. Mais cela n'avait pas d'importance. Elle était une bleue, élève dans la Maison Royale de Saint-Louis âgée de dix huit ans mais cela n'avait pas plus d'importance. Ce qu'elle était par contre c'était plus intéressant. Une fille capable de faire en sorte qu'une personne se haïsse elle-même plus que n'importe qui d'autres. Seulement à n'allait pas lui dire, elle n'avait pas poser la bonne question. Tant pis pour elle. Elle allait devoir se contenter de répondre à la dernière question de cette jeune Verte qui avait élu domicile sur le bord de la fenêtre. Elle ne la regardait même pas, quelle idiote! Céleste aurait pu la tuer, la pousser. En avait-elle conscience? Surement que non. Elle faisait partie de ces filles trop naïves pour savoir quand leur vie pouvait être en danger. Pourtant, elle l'était, dès que Céleste était dans les parages, elle l'était.

Seulement voilà Céleste n'avait jamais commis ce grand pêché, l'un des pires d'après les prêtres et ce n'était pas cette fille qui allait servir de cobaye. Il y avait beaucoup plus intéressant à faire avec elle : la briser, briser son âme, son être. Tout briser, faire un ravage et faire en sorte qu'elle ne se relève jamais à moins que Céleste ne le veuille.

-Qui te dit qu'elle me dépasse?, tonna la voix claire et froide de Céleste. Qu'est-ce que tu en sais?

Souffle petite car cela sera peut-être ton dernier répit...

-Je ne te demande pas de me dire la vérité, juste de ne pas mentir et, en se faisant, m'insultant.

C'était, en vérité, une chose qu'elle haïssait plus que tout. Que quelqu'un la sous-estime, pense qu'elle était la dernière des idiotes. Disait-elle des choses sans aucun sens ou dénué d'intérêt? Avait-elle l'air de la plus parfaite des imbéciles? Non et non. Alors qu'on ne le méprise pas à moins de vouloir en payer le prix. Qu'on ne l'insulte pas à moins d'être un grand courageux et surtout qu'on ne l'attaque pas si on voulait marcher le lendemain. Car, pour Céleste on pouvait le dire, la fin justifie les moyens et ce dans tous les cas, quels qu'ils soient.

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MessageSujet: Re: Tremblements. {PVCéleste.   Jeu 1 Sep 2011 - 12:38

Tant pis. A quoi bon lutter pour de vaines causes, à quoi bon user ses forces, si précieuses dans ce monde où tout esprit qui sortirait des rang se trouve immédiatement critiqué et forcé de reprendre sa place. Abandonnons-nous, laissons nous porter, refouler par la vague, laissons nous rouler sur la berge, être trainer dans les galets. Ce n'est qu'une vague de plus, et nous n'en ressortons que vivifié par les embruns. C'est ce à quoi pensait Madeleine en lissant sa jupe de toile ; y laissant quelques gouttes de sang, qui continuaient à perler à sa main.

Que pouvait donc bien en tirer cette mystérieuse et inquiétante inconnue, de ses soucis ? Elle penserait avoir gagné la bataille, en ressortirait imbue d'elle et de son talent d'intimidation. Ses chevilles en gonfleraient un peu plus, pour mieux éclater le jour des désillusions ; se croire au dessus du lot dans cette monarchie, se croire meilleure et plus douée, quand ne compte que la fortune et le renom, était un jeu dangereux. La fortune se tarit, et les rumeurs galopent pour blesser la réputation. L'intimidation forcée de la Colombe n'avait pas en soi effrayée la Jaune, mais c'était plus la lassitude de cette conversation stérile qui la poussa à lui dire ce qui la torturait. Même avec toute la bonne volonté du monde, même avec le vocabulaire le plus précis qui soit, même en prenant tout le temps nécessaire, l'autre ne comprendrait pas. Pour deux raisons ; tout d'abord, elle semblait trop replié sur elle-même, fascinée même par ses capacités, pour pouvoir s'ouvrir à Madeleine et entendre sa douleur. Ensuite, tout simplement, parce que ses névroses ne s'expliquaient pas – elles se ressentaient.

Son regard se reporta un instant vers la fenêtre, ses yeux fouillant le jardin, le buste penché vers l'avant, comme prête à prendre son envol. Des lambeaux de lumières venaient se dissimuler dans les feuilles bruissantes des grands tilleuls ; une volée de corbeaux passa en croassant, sinistres, mais tellement vivant, et Madeleine les regarda s'élever dans le courant d'air chaud, presque visible sous leurs ailes déployées. Dès que l'on sortait de l'enceinte de St-Cyr, la vue n'était que nature, forêt entrecoupée de quelques champs isolés, marécages dans lesquels baignaient une végétation poisseuse et des troncs moisis. Quand venait l'hiver, et que le soleil désertait le ciel, réfugié en lueur froide derrière les nuages, St-Cyr se revêtait d'une ambiance lugubre.

Puis Madeleine releva les yeux vers la jeune femme, et les sombres pensées s'évanouirent. Malgré l'air revêche, lointain qu'elle affichait, cette fille avait un charme fou. Un certain chagrin, une âme qui semblait profonde, réfléchie. Elle était attirante, comme une fragance qu'on hume, qui s'efface ; et il fallait se tordre le cou, cambrer la taille pour espérer retrouver une once de ce parfum. Insaisissable. Pour être plus concrète, elle était le genre de Colombe que Madeleine aurait parfaitement vu en train de faire du commerce secret de romans interdits dans l'école, ou la fille qui chuchote le soir de sujets tabous, empreints de rébellion mature, ou bien encore la solitaire qui ne se prend d'affection que pour les minorités, comme ce vieux jardinier dont les Rouges se moquent, ou encore le palefrenier orphelin aux yeux tristes. Une fille pas comme les autres. Mais tenter de la cerner, ou de la connaître un peu mieux était pour le moment exclu, étant donné le regard méprisant dont Madeleine avait droit.

Le mépris. Qu'était-ce donc, ce sentiment étrange ? D'où venait-il, qui l'avait ressenti en premier ? Qui s'était cru supérieur, qui avait ravalé une moue de dégout, un ricanement hautain ? La demoiselle du Perret, n'avait, de son souvenir, jamais méprisé personne – les pauvres errants avaient sa compassions, les nobles poudreux un triste sourire de sa part, les vieilles filles une grimace désolée, les hérétiques ses prières. Pourtant, elle, avait déjà subi le mépris des autres, sans que cela ne l'atteigne. Cela glissait sur elle, comme l'eau sur les plumes du canard. Ce sentiment peu noble ne l'atteignait pas, car il était sans fondements. On l'avait méprisé pour sa condition sociale, pour un rougissement, on l'avait méprisé pour ses tics et tocs, pour sa logique qui ne parlait pas aux autres. Pour de futiles choses, extérieures, effacées. Mais jamais quelqu'un n'avait pû affirmer être supérieur à l'âme, l'intérieur de Madeleine – personne ne s'était donné la peine de le connaître. Il y avait, dans le monde, une poignée de personne qui savait lire dans les autres, et surtout, appréciait cela.

{ Tu veux savoir ce que j'ai. Bien. C'est triste d'arracher des mots dont tu ne sauras que faire, c'est triste d'apprendre quelque chose dont tu n'auras plus aucune trace dans quelques temps. Mais si cela te conforte dans ton sentiment d'invincibilité, tant mieux, je sais ô combien le pouvoir est appréciable. Profite d'en être encore à cette étape.

Madeleine ne pensait pas tous ces mots. Ces mots, elle les auraient prononcés avec sincérité à une autre fille, une des Colombes de sa classe par exemple – car elle aurait été sûre que ses mots n'auraient pas eu d'influence, n'auraient pas pu détourner cette fille du chemin lugubre que la vie menait, quand on avait choisi la facilité et la bassesse. (A ne pas confondre avec l'utilité et la simplicité.). Mais son interlocutrice, un je-ne-sais-quoi lui laissait penser que sa voie était toute autre. Alors peut-être que son introduction légèrement polémique la forcerait à décrier cette fille banale, et cruelle d'une façon toute aussi banale, qu'elle n'était peut-être pas.

La Verte lança un regard sur son doigt blessé, mais déjà le sang avait coagulé, et ses vertiges s'étaient appaisés ; du fait aussi de la discussion qui virait vers la dispute, ça avait détourné son attention. Brandissant sa main vers la fille en face, Madeleine commença :

{ Ce sang, ce sang m'effraie. Pas que je sois sensible à la douleur, quoique je ne sois pas très résistante, mais une impression mauvaise me secoue, très souvent quand le sang coule. Un malaise, qui me prend parfois, quand un éclat de soleil m'éblouit, me fait tourner la tête. Un malaise qui est en moi, enfouit, et ressurgit en traître pour me stupéfier. Je ne sais d'où il vient.


C'était dit. Etait-ce aussi simple ? Bien sûr que non. Mais dans ces quelques phrases tenait une partie assez bien résumée, point trop confuse, de cette névrose. La jeune Du Perret, fit un pas ou deux en arrière et s'adossa contre le mur, à gauche de la fenêtre. Y lançant un regard vide, elle chuchota, plus pour elle même que pour l'autre.

{ Et voilà, maintenant tu peux faire demi-tour devant moi, comme tous. Je n'en serais pas vexée, l'habitude à endormi ma susceptibilité depuis longtemps. Voilà, tu connais désormais Madeleine la sorcière, l'étrange, la folle, tout ce que tu veux. L'habitude m'a lassée...


Et la lassitude est un moyen tellement simple de se protéger des autres. La lassitude blesse l'intérieur de soi, mais Madeleine savait compenser cette blessure par un intéressement des autres et du monde. Cette technique était un peu bancale, mais elle fonctionnait. C'était ainsi que Madeleine tentait de se soigner, en développant des techniques qui semblaient presque des équations. Se laisser emporter dans la mélancolie, ou toute autre maladie poétique lui serait fatal, elle le savait bien. Alors quand ces sentiments lui tendaient les bras, quand la beauté, l'inconscient, l'espoir, quand l'abstrait lui lançaient des oeillades, elle se confortait dans une logique quotidienne, une droiteur presque froide. Trop de choses étaient embrouillées en elle, l'abstrait enfumerait encore plus ses émotions. Et Madeleine ne serait que vapeur, vapeur tremblante qui s'évaporerait dans le nulle-part. Elle se raccrochait au concret, comme le concret du bruit des pas que ferait cette fille en tournant les talons, au lieu de rester plantée devant la Verte et de troubler ses sens.
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